
ÉDITION 2026
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FrançoisRené DESPATIS L’ÉCUYER Un passage nommé Une masse apparaît entre les pommiers, une montagne de foin devant la montagne de roche et de forêt. Sa forme est suffisamment précise. Alors on s’approche; intéressé. En approchant on devine une entrée ou un espace dans la masse. Plus nous approchons plus nous constatons qu’un passage est offert. L’ouverture est invitante. Ses lèvres sont ouvertes comme pour un baiser. Comme si la montagne s’était ouverte en deux pour nous inviter, pour y circuler et potentiellement y apprendre quelque chose. En s’y engageant, les parois montent devant nous jusqu’à nous surplomber, le passage devient plus étroit à l’endroit le plus élevé. Le ciel devient une craque au-dessus de notre tête. En abaissant les yeux on voit le bout du passage, l’autre côté. La traversée faite, devant soi le regard se pose du la montagne sacrée, le paysage où nous sommes. (que nous sommes ?) Qui a choisi de passer ? De s’engager ? Les parois redescendent jusqu’au sol, jusqu’à nos pieds comme si tout cela avait été un rêve. |
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William DESJARDINS La machine pour voyager dans le moment présent Prix coup de cœur du public Le concept de cette sculpture est d’évoquer un éveil à la présence, de ne pas rester pris dans les inquiétudes du futur ou les regrets du passé. C’est une œuvre interactive que nous pourrons traverser. La Machine à voyager dans le moment présent est une invitation à s’arrêter et à se connecter à ce qui est. En franchissant son portail, les pensées s’apaisent pour laisser place à nos sens, qui nous guident vers la beauté du lieu et la richesse de l’instant. À travers l’histoire de l’humanité, les triangles et les pyramides ont toujours occupé une place importante, associée à la spiritualité et à la connexion avec l’éternel. L’installation suggère un pont entre l’humain et le divin. La perspective depuis l’entrée crée une sorte de jeu d’optique donnant une illusion d’alignement flottant surréaliste. Les trois formes piriformes, disposées à distance les unes des autres, créent un centre « magique » qui vise à unir l’ensemble des structures dans une harmonie spatiale, tout en nous attirant vers le portail. |
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Courtney CLINTON Cycle de vie Une série de structures dédiées aux abeilles est conçue à partir d’un mélange d’argile et de sable, façonné à l’aide des moules imprimés en 3D. Ce procédé permet de produire des formes sculpturales ancrées dans une matérialité terrestre, dont les volumes évoquent à la fois des habitats naturels et des constructions hybrides. Installées in situ, ces formes s’intègrent progressivement à leur environnement, dialoguant avec le sol, les conditions climatiques et les organismes vivants qui les investissent. |
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André LEMIRE La colonie De toutes petites créatures se sont installées dans les bois et ont fait leurs nids au bord du chemin, à l’orée de la forêt, colonisant l’espace environnant comme une talle de mauvaises herbes qui s’étend par ses rhizomes ou comme un champignon qui grandit sous le sol de la forêt, émergeant discrètement par-ci, par-là à la surface. Par une œuvre partiellement camouflée, qui s’intègre à son environnement jusqu’à en devenir, par moments, invisible au premier regard, l’artiste interpelle ici le visiteur dans un jeu de « Où est Charlie ? » visant à ralentir le regard que l’on porte sur notre environnement et ainsi à parvenir à voir un monde qui nous échappe trop souvent. Il y a en effet toujours quelque chose à voir quand on prend le temps de regarder. |
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Marie-Aube LANIEL Idéal : Anatomie d’un glissement Le pommier est l’un des arbres les plus façonnés par l’humain. Cultivé pour la désirabilité de ses fruits, il est greffé, taillé, soutenu et corrigé afin de produire des récoltes toujours plus abondantes, plus belles ou plus résistantes. Comme le corps humain, il est lui aussi évalué et désiré. Les interventions qui lui sont destinées appartiennent depuis longtemps au savoir-faire arboricole; celles qui transforment aujourd’hui le corps témoignent d’une époque où l’amélioration est devenue toujours plus accessible, valorisée et progressivement normalisée. En déplaçant le pommier hors du verger, l’œuvre invite à regarder autrement ces gestes familiers. Entre le soin, qui accompagne le vivant, et l’optimisation, qui lui prescrit un idéal, il existe une ligne de glissement. L’accumulation des interventions transforme peu à peu le « toujours plus » en impératif. À peine un idéal est-il atteint qu’un autre s’impose déjà. |
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Jonathan ROY Déplacement Prix du jury Des strates linéaires de sol disparaissent pour réapparaître ailleurs. Elles glissent d’un paysage à l’autre, du verger à la pinède, à l’érablière ou à la sapinière. Dans l’esprit des premières œuvres de land art, l’installation-performance de Jonathan Roy se déploie sur le site à travers une série d’interventions ponctuelles au sol. L’œuvre-promenade prend forme en sillonnant le territoire et en déplaçant la matière d’un lieu à un autre. De minces couches de sol sont délimitées, extraites puis repositionnées ailleurs, créant bandes, stries et sillons qui redessinent subtilement le paysage. Certaines apparaissent en creux, révélant l’empreinte de la terre retirée; d’autres émergent en relief, reconstituant des couches prélevées ailleurs. Ces « strates-traces » relient les différents paysages du site dans un même mouvement, invitant à porter un regard renouvelé sur le territoire. Presque rien : quelques fragments de paysage intervertis, juste assez pour expérimenter les lieux autrement. |
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Marie-France BOURBEAU Le bal Dans une clairière au sein de la pinède, un « bal » est mis en scène. Du sol, s’élèvent des êtres hybrides formés à partir de branches et de figurines sculptées en argile qui semblent entamer une danse aérienne, comme pour célébrer la vie. Oscillant entre deux mondes, les créatures que j’appelle des « mariées » pour signifier leur attachement à la terre semblent vouloir se détacher du sol tout en y restant liées. Dans la terre, une forme obscure est tapie : la veuve noire. De celle-ci émanent des filaments organiques qui retiennent, nourrissent et capturent tout à la fois. Le ballet qui naît de cette coexistence évoque la dualité inhérente au vivant, où se confondent parfois soin et emprise, attachement et captivité. Par l’allégorie, Le bal explore la nature des liens que l’on tisse. Vivants et nourriciers, ceux-ci peuvent se rigidifier parfois, et finir par entraver les êtres auxquels ils sont liés. |
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Michael CHAUVEL Mycélium Des fils, cordes tendues entre les arbres, forment des architectures légères, aériennes, presque immatérielles. Ces lignes de tension dessinent un organisme suspendu, vibrant au vent, jouant avec la lumière et les ombres. Tous les points d'accroche sont réalisés avec un petit fil noir qui disparaît dans l'environnement. Les cordes blanches ne se touchent jamais : chacune reste autonome tout en appartenant à un ensemble cohérent. Cette tension silencieuse symbolise la communication interne du vivant, mais aussi celle, métaphorique, entre l’humain et son environnement. Chaque œuvre se conçoit comme une sculpture-réseau, un champ de tension et de dialogue. Elle s’inscrit dans le lieu avec douceur, révélant les flux invisibles qui le traversent. Le promeneur est invité à pénétrer dans cette trame, à ressentir l’équilibre subtil des forces, à percevoir la respiration du paysage. Mycelium célèbre la beauté du vivant en réseau — une poétique de la connexion, de la diversité et de la cohabitation. L’art, comme le mycélium, tisse des liens : il relie les êtres, nourrit les imaginaires et révèle l’équilibre fragile qui nous unit à la Terre. |
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Laurent GAGNON La ligne verte De longs troncs de cèdres aux courbes naturelles s’élancent au-dessus de l’étang, dessinant dans l’espace une ligne souple et organique. Façonnés par le temps et les conditions particulières des escarpements dont ils proviennent, ces arbres témoignent d’une remarquable capacité d’adaptation. Même tombés, ils poursuivent leur quête de lumière en orientant leur croissance vers le ciel. Assemblés en une forme continue et recouverts de tiges de saule, ils composent une structure suspendue dont le reflet prolonge la présence dans l’eau. Entre sculpture et dessin dans l’espace, l’œuvre révèle les mouvements naturels de la matière et les forces discrètes qui façonnent le vivant. Flottant entre ciel et eau, cette trajectoire suspendue invite à la contemplation. Elle évoque à la fois la résilience, la transformation et l’équilibre fragile qui relie les êtres à leur environnement. |
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Olivier LEFEBVRE Le sanctuaire du faucon Sculptée dans l'espace sous la forme d'un hypercube, la structure se compose de branches et d'éléments naturels suspendus. Selon le point de vue, elle révèle en anamorphose le portrait d’un faucon pèlerin. SFusionnant art et fonction, l'installation offre également aux oiseaux des espaces pour boire, s'alimenter et se reposer. Façonnée par la carbonisation, une technique ancestrale qui séquestre durablement le carbone, elle porte sa réflexion jusque dans sa matérialité. Portée par un éco-optimisme rassembleur, cette installation in situ invite à regarder le vivant, à l'apprécier et à choisir de le protéger. |
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© Crédits photos édition 2026 : Véronique Moisan |